I WANT TO BE A PART OF IT

Bonjour à toutes et tous, curieux de passage ou fidèles de la première heure.

Sentez vous libres de poster des commentaires en bas de chaque article, simple témoignage, critique, conseil.

En prime une petite sélection musicale pour accompagner la lecture, à écouter en mode aléatoire c'est plus sympa :


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vendredi 6 septembre 2013

Road Trip : 27 juillet : Au travers des Baldands

La journée ne devrait pas être violente. Du moins c'est ce qu'on pense...

Après avoir lamentablement perdu 5$ au blackjack virtuel du casino de l'hôtel Super 8 de Deadwood, nous chargeons la voiture et hop !

Le cap est fixé à l'Est, vers le Parc National des Badlands. Pour nous y rendre nous prévoyons d'emprunter l'autoroute 90 à partir de Sturgis.
Pour ceux qui ne connaissent pas, Sturgis est une jolie petite ville d'un peu plus de 6500 habitants pendant 11 mois de l'année, et de 506 500 habitants en août !

 


Ils arrivent de partout pour la "Bike Week", des États-Unis et du monde entier : les bikers ! les fans de Harley Davidson et de la culture associée à la marque. A la mi-août Sturgis va se transformer en un immense défouloir international sur fond de shows, de concerts et de binouzes ! Mais nous ne sommes que fin juillet, la ville est encore calme et nous ne faisons que la traverser. Dommage, nous aurions aimé voir un tel rassemblement. Bon moins Élodie c'est sûr...les nanas qui se promènent en bikini de la taille d'un timbre poste et s'entraînent au concours de Miss Tshirt mouillé en posant lascivement sur des grosses cylindrées la laissent de marbre. Moi aussi ! Si si !




A force de recherches, on finit par dégoter la route 44, quasiment parallèle à l'autoroute 90 et qui nous évite la monotonie de cette dernière. 
Le moins que l'on puisse dire c'est que nous ne sommes pas gênés par les autres voitures. Alors on lève le pied, on flâne, nous arrêtant de temps à autre pour prendre quelques clichés de villes fantômes et de carcasses de voitures.

 


A notre gauche se dessinent les collines qui annoncent l'entrée imminente du parc national des Badlands.

Constitué de buttes érodées et de prairies, Badlands est un endroit rude mais tout simplement magnifique ! Ici, les autorités se sont creusées la tête afin de faire passer la route panoramique aux abords des points de vue les plus sensationnels. On y rencontre : chiens de prairie, bisons, pronghorns, porcs-épics, renards, putois, mais aussi, crotales ! Quelques sentiers de randonnées sont aménagés, pour les plus courageux.

Attention aux serpents à sonnette

Peu après la sortie Nord du Parc, nous faisons un arrêt au drug store de Wall. L'endroit n'est pas forcément connu mais son histoire est une vraie Success Story à l'Américaine :

Hiver 1931, Dorothy et Ted Hustead décident d'acheter la seule et unique épicerie de la ville de Wall, à la frontière des Badlands. Le commerce n'est pas florissant, les voitures passent sans jamais s'arrêter. Si bien qu'en 1936 le couple est prêt à tout laisser tomber.
A force de se demander ce qu'ils pourraient bien offrir pour attirer le client, Dorothy trouve la solution. Nous sommes dans les années 30, les voitures ne sont pas climatisées, ne roulent pas vite, alors traverser les Badlands poussiéreuses et sèches est un vrai défi ! Voilà la solution, offrir gratuitement de l'eau fraiche aux gens de passage. Et voilà, un panneau publicitaire posé en bordure de route fait le reste. Les touristes s'arrêtent se désaltérer et repartent immanquablement avec un petit quelque chose sous le bras. Depuis, le Drug Store de Wall n'a cessé de croître et fait vivre une ville entière. On y trouve de tout, des objets souvenirs, des bijoux, des vêtements, des boutiques d'art, un T-rex animé qui fait peur aux enfants, des stands de bouffe bien sûr...N'importe quel touriste empruntant l'autoroute 90, qu'il aille vers l'Est ou l'Ouest s'arrête à Wall.

Sur le parking du drug store de Wall - C'est bon Dédé t'as rien oublié ?

Il nous reste environ 3 heures de route direction le Sud Est, vers Valentine. Nous aimerions arriver avant la nuit, alors on se résigne à emprunter l'autoroute. Saint-Christophe, le patron des voyageurs, devait veiller sur nous, car grâce à cette décision, nous atterrissons, après avoir été intrigué par plusieurs panneaux publicitaires, dans l'endroit le plus formidable de tout notre voyage : 1880 town.




Situé en pleine prairie, ce musée à ciel ouvert rassemble des bâtiments originaux de villes westerns, mais aussi des éléments de décors du film "danse avec les loups".

Nous pressons le pas car le parc ferme dans une heure et nous souhaitons en voir le plus possible. Il n'y a plus que quelques familles qui se promènent, toutes vêtues en tenue d'époque, fagotées en cowboy ou en danseuse de cabaret ! Nous n'avions pas percuté en passant devant, mais le parc propose, pour 5$, la location de costumes aussi authentiques les uns que les autres. Les familles qui en ont loués s'éclatent, posant tantôt au comptoir du saloon, tantôt derrière les barreaux de la prison, dans le train de marchandises...Tout cela respire la joie et ça fait plaisir. 
Quel endroit incroyable !

Intérieur authentique du saloon de 1880 town 

1880 town, version Magritte

Le tour du parc achevé, nous remontons en voiture. Le soleil est presque couché, illuminant la plaine herbeuse d'un rouge intense. L'heure bleue ne va pas tarder. Avant de récupérer la route 83 vers le Sud, nous devons encore effectuer quelques kilomètres sur l'autoroute, vers l'Est, ce qui implique malheureusement de contempler le couché de soleil dans le rétroviseur. 

La nuit est tombée, la route 83 Sud est rectiligne, peu fréquentée, ce qui n'empêche pas de croiser quelques fumiers de lapins qui restent en plein phare, histoire de bien vous tuer les yeux.




Tout est calme et noir d'encre. Elodie somnole pendant que je secoue la tête et gesticule au rythme des chansons de la station de radio Classic Rock. J'adore ces moments là...

Nous arrivons au motel Raine de Valentine à 22h00. La patronne a l'air sympathique et accepte, malgré l'heure tardive, de nous servir un petit plat, une bière et un pepsi.

La journée qui devait être calme s'est avérée riche en découvertes. Nous nous endormons fatigués mais heureux.

mardi 3 septembre 2013

Road Trip : 26 juillet : Deadwood et les Black Hills

La nuit a été relativement calme, hormis le plancher de la chambre du dessus qui grince légèrement. Les locataires ont le réveil matinal, et nous de même par conséquent.

Le petit déjeuner se prend en plein milieu des machines à sous. il est 8h00 du matin et déjà quelques personnes s'activent à gagner le jackpot, tout en buvant leur café et en croquant dans leur viennoiserie à la cannelle. Après un an de présence aux États-Unis, on ne comprend toujours pas la passion des américains pour la cannelle...

Nous avons prévu pas mal de choses au programme aujourd'hui et espérons pouvoir tout faire tenir en une journée.

Après un arrêt express à l'office du tourisme de Deadwood, nous prenons la route de Spearfish, où, une fois arrivés, nous entamons la route du canyon. Le temps est plutôt nuageux, ce qui accentue d'autant plus le côté sombre du paysage.




A mi parcours, au lieu dit "Savoy", un panneau nous incite à quitter la route principale en bifurquant à droite sur un sentier de terre. Environ 5 kilomètres plus loin, nous arrivons dans une clairière, lieu de tournage de la scène finale du film "Danse avec les loups". C'est ici que Kevin Costner a décidé d'installer le camp hivernal des Sioux, et que "Cheveux au vent" lui crie son amitié du haut de la falaise. Nous prenons quelques photos, et essayons de nous remémorer le film que nous avons visionné il y a peu en prévision de cette étape.



Après cette petite pose hollywoodienne, nous mettons le cap sur Crazy Horse National Monument. En chemin, quelques vieilles voitures américaines rutilantes éveillent notre curiosité. Nous voici au Boondocks, petit hameau riches en attractions diverses et variées : vieilles voitures dans un état impeccable et à vendre, objets dérivés de tout ce qui fait la gloire populaire américaine : Coca-Cola, les Simpsons, le magicien d'Oz, Elvis Presley, Maryline Monroe, Star Wars...

Cet endroit recèle également une collection impressionnante de manèges : grande roue, carrousels...tous très bien entretenus. On y trouve aussi une collection d'objet anciens qui fait le bonheur des chineurs et enfin, un restaurant type "diner". Cela tombe bien, il est l'heure de manger. Un hamburger-frites-coca s'impose, laissant peu de place à un dessert.

 


Nous reprenons notre chemin tout en espérant que la digestion ne me fasse pas piquer du nez au volant...

Après plus d'une heure de trajet, nous voilà au Crazy Horse National Monument.
Exécutée à même la montagne, cette sculpture dont les travaux ont débutés en 1948, encore loin d'être achevée à ce jour, représente le célèbre guerrier Lakota "Crazy Horse", à l'origine de plusieurs victoires sur l'armée américaine lors des guerres des grandes plaines à la fin des années 1800.

Modèle réduit de la sculpture de Crazy Horse

Pour comprendre la symbolique de cet endroit, un bref historique est de mise :

Fin des années 1800, les américains volent les terres sacrées des indiens. Comme cela n'est pas suffisant, ils évoquent en 1923 la construction sur le Mont Rushmore d'une sculpture monumentale représentant des présidents américains, pour "promouvoir le tourisme dans la région".
En 1941 l’œuvre est achevée et des foules entières d'américains se pressent pour admirer les faciès de Georges Washington, Thomas Jefferson, Théodore Roosevelt et Abraham Lincoln taillés dans le granit. 

Le chef indien Standing Bear fait remarquer que les indiens eux aussi, ont leurs héros. Il n'en faut pas moins au sculpteur Ziolkowski pour entamer dès 1948 un projet encore plus titanesque, qui représentera le chef Crazy Horse, à cheval, pointant l'horizon du doigt. Ziolkowski meurt en 1982 laissant la sculpture inachevée, voire très inachevée même. Voilà un peu l'historique.

Remarquez la taille du bulldozer et vous aurez un aperçu de l'immensité du chantier

Au point de vue personnel, mais cela n'engage que moi une fois de plus, j'ai envie de dire : Mais on se fout de qui là ?

1/ Les indiens se font piquer leurs terres, et au passage on massacre les bisons par milliers.

2/ On dynamite une montagne sacrée pour y sculpter les visages de 4 présidents américains, pas du tout étrangers au sort funeste des indiens. Si ça c'est pas de la provocation ?!

3/ On justifie cet élan de créativité par la promotion du tourisme dans les Blacks Hills. Quelle fumisterie ! Car pour celui qui sait regarder, même à l'époque, les Blacks Hills se suffisent à elles-mêmes et nul besoin d'afficher des tronches en pierre pour faire augmenter le chaland de badauds.
J'm'énerve pas, j'explique.
Au pied de la montagne se trouvent le musée indien d'Amérique du Nord et le centre culturel amérindien, forts intéressants. Après en avoir fait le tour, Elodie et moi décidons d'effectuer le trajet en bus qui doit nous amener plus près de la sculpture monumentale de Crazy Horse. Ce n'est nullement une obligation, et le seul intérêt est de pouvoir approcher l’œuvre d'un peu plus près, les commentaires du chauffeur de bus en prime. A la question récurrente "quand l’œuvre sera-t-elle terminée ?", il répond avec humour "mardi prochain à 11h30 !"

C'est sûr qu'il y a encore du boulot...

Encore quelques emplettes souvenirs et nous prenons la route vers le Mont Rushmore. Arrivés à quelques encablures, vu le monde et vu le prix du parking, on décide de ne pas s'arrêter. L'histoire liée à ce monument nous a un peu refroidi, cette décision est donc vite prise.
Nous n'aurons pas notre photo souvenir, nos deux tronches enfarinées devant la sculpture. Peu importe.

De retour à Deadwood, nous entamons la visite du cimetière du Mont Moriah dans lequel sont enterrés James Butler Hickok, alias Wild Bill Hickok, Martha Canary, alias Calamity Jane, mais également Seth Bullock. Pour ceux dont l'évocation des ces noms titille la curiosité, la série "Deadwood" est un must en la matière.


Le générique résume parfaitement l'ambiance de la série, et donc de l'époque : boue, or, prostitution, jeux, alcool...

De retour dans la rue principale de Deadwood et victimes du syndrome de la bouche sèche, nous décidons de pénétrer dans le saloon n°10. Ce choix n'est pas anodin. C'est ici, en 1876 que Wild Bill Hickok, joueur de poker invétéré, est assassiné d'un coup de feu dans le dos par John McCall. A ce moment précis, Wild Bill Hickok tenait dans sa main une paire de 8 et une paire d'as, ainsi qu'une autre carte que personne ne connait avec certitude. Depuis, au poker, cette main est communément appelée "la main du mort".
La chaise sur laquelle Hickok était assis au moment de sa mort est visible, protégée par un plexiglas.

Tombe de Wild Bill Hickok, cimetière du Mont Moriah. Calamity Jane est enterrée juste à côté.

Chaise sur laquelle Wild Bill était assis lors de son assassinat. Saloon n°10, Deadwood

Demain, nous quittons Deadwood et le Dakota du Sud, en se disant qu'il faudra revenir tant les Black Hills sont belles et les activités nombreuses. Valentine, Centre Nord du Nebraska, est notre prochaine destination.

vendredi 30 août 2013

Road Trip : 25 juillet : En route vers Deadwood - Dakota du Sud

Le soleil est timide ce matin, ce qui n'entame pas notre bonne humeur. Le cap est fixé sur Deadwood, dans les Black Hills du Dakota du Sud, et les routes que nous allons emprunter pour y parvenir promettent de belles choses. 

Je retrouve avec plaisir le trio de futilités qui fait mon bonheur : voiture automatique, belles routes, gobelet de café bouillant. Bon là en l’occurrence le grand café à emporter que je me suis versé dans une station service s'apparente plus à de l'eau sucrée. Mais bon.




La route 71, dont nous avons déjà emprunté une portion l'avant veille pour aller dîner au fin fond des collines file plein Nord entre le Parc National Buffalo Gap et le Parc National Grassland. Il semble que la plupart des gens trouve ce paysage d'un ennui mortel. Cela peut se comprendre.

Pourtant je ressens l'exact contraire. Rarement un paysage, qu'il soit de montagne, de mer, de vallée, n'a exercé aussi grande fascination sur moi que les prairies et les plaines que nous traversons actuellement. J'aimerais tellement arrêter la voiture sur le bas-côté, enjamber les barbelés qui délimitent ces immenses prairies et marcher tout droit, toujours tout droit, l'azimut brutal.

La route 71 traverse Buffalo Gap et Grassland

C'est dans ces moments précis que je réalise la chance que j'ai d'avoir une femme comme Élodie à mes côtés. Elle sait exactement quand mon esprit vagabonde et prend grand soin de me laisser à mes rêveries, patiente et silencieuse, attendant tout simplement que mon cerveau se reconnecte à la réalité.

La route quitte peu à peu les grandes plaines pour les contreforts des Black Hills, couvertes de pins et de ponderosas. La curiosité nous fait gagner un ranch, au bas d'une vallée, dans lequel les chevaux Mustangs et Choctaw s'épanouissent en semi-liberté.

Le paysage commence à se faire un peu plus vallonné.

Après avoir déjeuné dans la ville de Hot Springs, nous rentrons dans le Parc National de Wind Cave, ne sachant pas trop à quoi nous attendre pour être honnêtes. Un tour au centre d'information nous fait comprendre que le site est réputé pour ses grottes, qui comptent parmi les plus longues et complexes du monde. Nous y apprenons également que nous allons très certainement croiser des animaux sauvages, dont une horde de bisons et...des chiens de prairies, nos potes !

Entrée du parc National de Wind Cave

Le temps étant au beau fixe, nous abandonnons l'idée de visiter les grottes. Je promets à Élodie de l'emmener visiter le gouffre de Padirac dès notre retour en France.

Wind Cave est un parc magnifique, peuplé d'animaux sauvages à peine troublés par la présence de l'homme. Et c'est bien ce qui frappe dans cet endroit, le sentiment que celui-ci appartient à la vie sauvage et que nous sommes les intrus, des gens de passage. Que si nous n'étions pas là, la vie du parc serait exactement la même. Voilà un pari réussi : permettre à l'homme d'admirer les beautés de la Nature sans trop la déranger.

Fallait quand même être plein comme une outre pour appeler ces animaux des chiens de prairie !


Au bout de quelques kilomètres nous quittons Wind Cave pour rentrer instantanément dans Custer State Park. Il n'y pas de différence entre ces deux parcs et c'est avec plaisir que nous continuons à nous en mettre plein les mirettes. La park Ranger nous indique sur un plan l'endroit où la horde de bisons a été localisée pour la dernière fois cet après-midi. En route.

Parc d'Etat de Custer

Après quelques miles, nous voilà obligés de ralentir, puis de freiner, avant d'être complètement immobilisés...Un embouteillage, une queue longue d'une cinquantaine de voiture, et aucune qui n'avance. Ah ben c'est bien la peine de quitter New York pour retomber dans des bouchons au milieu des montagnes ! Curieux de savoir ce qui peut bien mettre un tel merdier, nous arrivons à distinguer au loin quelques bisons, qui, à n'en pas douter ont pris leur quartier sur la route...


C'est à ce moment là que deux énormes bisons surgissent d'un bosquet à quelques mètres de la voiture, et à toute allure. Le bruit de leur sabot sur le sol est impressionnant, et pourtant, ils ne sont que deux. Ils foncent vers nous, puis en un mouvement plein de soupleté et d'agilesse finissent par passer derrière la voiture, prenant soin de ne pas l'effleurer. Heureusement d'ailleurs, je me serai assez mal vu expliquer à un assureur qu'un bison nous a refait la calandre arrière, comme ça, en plein après-midi, parce qu'on se trouvait sur sa trajectoire.

Cet épisode a pour effet de faire rentrer illico presto dans leur véhicule tous les petits malins qui s'étaient aventuré dehors, agacés par les embouteillages. Relax grand, c'est les vacances, et ici, ce n'est pas toi qui commande, tu viens d'en avoir la preuve.

Horde de bisons, Custer SP.

Au bout d'une vingtaine de minutes, un ranger remonte la file de voiture et se gare au milieu de la horde, armé d'un fusil, afin d'assurer sa sécurité. On le distingue mal de là où nous sommes mais on l'entend beugler aussi fort que les bisons. On se dit qu'il faut être con pour brailler comme ça sur un animal...

Après plusieurs minutes à avancer à la vitesse d'un escargot neurasthénique, nous approchons du ranger en question, et finissons par comprendre la raison de ses hurlements : Il ne s'adresse pas aux bisons, qu'il surveille tout de même du coin de l’œil, mais aux automobilistes un peu timides qui n'osent pas avancer et prendre la priorité. Et c'est bien cela qui met le foutoir, les voitures laissent traverser les bisons au lieu de s'imposer.

Le trafic s'accélère un peu, et c'est maintenant à notre tour de passer au milieu de la horde, dont nous prenons seulement conscience de la taille. Il doit y avoir une centaine de bisons. Nous avançons prudemment, le ranger ne nous crie pas dessus, c'est qu'on doit bien se débrouiller.
Soudain un mâle énorme surgit à notre gauche.

Le bison mâle en question, à quelques pas de nous...

La bête s'est mis en tête de faire traverser ses petits qui longent la voiture, à portée de main. Le mâle nous regarde et se met à beugler, la gueule pleine de bave. Ok l'ami, on laisse passer les petits, pas de soucis, mais si le ranger gueule, on dira que c'est de ta faute.

Les bisonneaux passent devant nous afin de rejoindre leur mère. Le mâle quant à lui décide de rester sur notre gauche, le sentiment du devoir accompli. Nous redémarrons et il se remet à beugler en nous regardant, ce que nous prenons pour un merci, avant de filer tout droit.

De rien l'ami !

Nous venons de vivre un moment intense, et sommes heureux. Cet animal est d'une puissance et d'une allure incroyable. Pas étonnant que les indiens le respectaient tant. Tous deux auront connus le même sort tragique, scellé par les Pieds tendres.

Peu après la sortie du parc, nous nous décidons à emprunter la Iron Mountain Road, une très belle route qui sillonne et zigzague cette partie des Black Hills, alternant lacets, tunnels et ponts.
Nous arrivons finalement à Deadwood, peu avant le coucher de soleil. L'hôtel que nous avons réservé est un 1 étoile, mais jouit d'une excellente réputation. Et nous ne sommes pas déçus. L'accueil est chaleureux, les chambres spacieuses et l'hôtel bénéficie d'une piscine et de son propre casino.

La journée a été longue mais nous sommes encore en forme. Suffisamment pour aller jeter un premier coup d’œil en centre ville. L'hôtel propose un service de dépose, en trolley, moyennant 1$ par personne. Que demander de plus ?

Au bout de quelques minutes, nous arrivons dans la rue principale, bordée de casinos, de restaurants, de bars et de magasins de souvenirs. Les bâtiments d'époque sont très bien entretenus et c'est un vrai plaisir de déambuler au sons des machines à sous et des groupes qui jouent en direct dans les bars. Nous repérons un restaurant à la carte attrayante.
Tout de même, le centre-ville est bien calme. Nous interrogeons le serveur à ce sujet qui nous informe que ce soir, c'est rodéo et que toute la ville y est. Il y aura plus d'animation demain soir. Ça tombe bien, nous comptions revenir...

mercredi 28 août 2013

Road Trip : 24 juillet - Wounded Knee - Dakota du Sud

Cette deuxième nuit au Best Western de Chadron est en tout point semblable à la première, c'est à dire pourrie. La veille nous avons pris la précaution d'annuler notre troisième et dernière nuit dans ce Best Western afin de migrer vers Fort Robinson. Nous verrons si ce choix est judicieux. 

Nous ne sommes pas loin du Dakota du Sud, et en profitons pour nous rendre, au son de la voix parfois chevrotante de Buffy Sainte Marie, dans la réserve indienne de Pine Ridge. 


Buffy Sainte Marie est une artiste canadienne, d'origine Cree. Sa voix et celle de ses choristes,  tellement puissantes et plaintives, me tordent littéralement les boyaux et m'arrachent les larmes, tant celles ci semblent empruntes des décennies de souffrance de tout un peuple. 
Voilà que je fais mon Manoukian...


La réserve indienne de Pine Ridge abrite le site de "Wounded Knee". De ce lieu symbolique, Élodie et moi ne connaissons que peu de choses. Et au bout du compte, il est des vérités certes bonnes à connaître mais qui laissent perplexe quant à la santé mentale du genre humain.

Carte de ce que représentait la réserve sioux en 1868, ici délimitée en rose. A force de non respect des traités signés, les hommes blancs ont récupéré par la force les territoires jaunes et hachurés, pour ne laisser aujourd'hui aux Natives que les territoires magentas.


1890, Dakota du Sud. Le gouvernement des États-Unis rompt un traité passé quelques années auparavant avec les indiens Lakotas et décide des les parquer dans des réserves. Le mot Honneur devait signifier bien peu de choses à l'époque, en tout cas vu de Washington. Les Lakotas, peuple nomade vivant au rythme des saisons et des migrations de troupeaux de bisons est prié de se sédentariser. Ben voyons.
La colère monte, le chef Sitting Bull est tué.

Un groupe de Lakotas décide de s'enfuir, finalement rattrapé à proximité de la crique de Wounded Knee où hommes, femmes et enfants passeront la nuit sous l’œil du 7ème régiment de cavalerie américaine, alors mené par le colonel Forsyth qui, peu de temps auparavant, a reçu l'ordre de désarmer les prisonniers avant de les transférer dans un camp militaire à Omaha, à l'extrémité Est du Nebraska, loin de leurs terres sacrées.

En pleine manœuvre de désarmement, un coup de feu éclate provoquant aussitôt une fusillade. La cavalerie tire dans le tas, appuyée par des tirs de canon Hotchkiss, décimant sans distinction femmes, enfants, et même propres membres de la cavalerie américaine. Le bilan est sans appel : 146 indiens tués. Chiffre réévalué dernièrement entre 300 et 350 par l'armée américaine, du bout des lèvres. 

Pour cette action innommable, 20 médailles d'honneur sont attribuées à des membres du 7ème régiment de cavalerie, pour leur conduite durant le massacre. A vomir partout ! 
Car il s'agit bien d'un massacre, et même d'un règlement de comptes : 14 ans auparavant, ce même régiment, alors sous les ordres de Custer, avait été décimé par les Sioux à la bataille de Little Bighorn. Il semble finalement que les américains connaissaient le sens du mot Honneur...pour peu que celui-ci autorise la vengeance. 


Tombe, sur le site du massacre de Wounded Knee, Dakota du Sud

Voici ce que nous apprenons au fil de notre avancée dans la réserve de Pine Ridge, et au hasard d'une conversation avec une indienne Lakota d'un certain âge. Les manuels d'histoire ne s'attardent pas sur le sujet. De son aveu même, beaucoup d'indiens sont encore haineux de la façon dont l'Homme blanc s'est joué d'eux. Comment les blâmer ?
Une chose est certaine nous confie-t-elle : "Les blancs nous ont tout pris, sauf notre fierté".

Notre route nous mène à la ville de Pine Ridge où nous ne trouvons que le Pizza Hut pour combler nos estomacs. La ville respire la pauvreté. Le taux de chômage dans la réserve est de 95%. Je n'arrive pas à savoir s'ils se contentent des aides attribuées par l’État, qui voit içi une bien pratique façon de faire amande honorable, ou s'ils ont perdu le goût de vivre. Un jeune serveur arbore sur son avant bras gauche le mot "fierté". Ce sentiment, chez les indiens Lakotas, semble se transmettre au fil des générations, et c'est rassurant.

La route du retour laisse défiler des prairies à pertes de vue, dans lesquelles quelques bovins se nourrissent. Une vache s'est échappée d'un enclos. Son propriétaire, juché sur un quad, l'escorte afin de la ramener en lieu sûr, des fois que l'envie suicidaire de traverser la route lui effleure l'esprit.

Notre arrivée à Fort Robinson se fait sous la pluie.



Les quelques heures de trajet que l'on vient d'effectuer depuis Wounded Knee n'ont pas dissipées le sentiment d'injustice et de gâchis que je ressens quand je pense au traitement infligé par les colons aux peuples qui vivaient ici bien avant nous. S'il n'y avait qu'ici...mais à bien y réfléchir, l'européen a quand même bien foutu la zone partout où il est passé, sous couvert d'avarice, d'évangélisation et d'universalisation.

"Sous ce porche sont passés les meilleurs cavaliers du monde". Voilà peu ou proue ce que l'on peut lire sur la pancarte qui signale l'entrée du bâtiment qui abritait à l'époque les engagés du 9ème régiment de cavalerie. Ben voyons. Encore un domaine dans lequel ils sont champions du monde, faisant abstraction en l’occurrence des cavaliers berbères, mongols, ottomans...

Fort Robinson - Ancien casernement

Ce bâtiment sert de nos jours à abriter les touristes de passages.
Nous prenons soudain conscience qu'après une matinée à Wounded Knee, passer la nuit dans un bâtiment qui abritait à l'époque les confrères de ceux ayant exterminé femmes et enfants Lakotas il y a un peu plus de cent ans a quelque chose d'absurde. En accord avec nous même, nous aurions du passer la nuit sous un tipi. Niveau symbolique, on est carrément à côté de la plaque.

L'après-midi est déjà bien avancée, il tombe un léger crachin, et nous faisons une croix sur la ballade à cheval et la descente de rivière en canoé. Nous nous rabattons sur le tour en Jeep, et cela tombe très bien, nous sommes les seuls clients. L'instant romantique de la journée.

Tour en Jeep dans Fort Robinson State Park, Nebraska


Les vues sont imprenables, même si ici comme à Chadron, les collines boisées ont subit quelques incendies dont elles se remettent petit à petit. Notre guide est sympathique, un peu blasé par son métier tout de même. C'est sûr que conduire des touristes en Jeep après 6 ans chez les Marines, dont 9 mois en Afghanistan, a quelque chose de reposant, mais de routinier.

Vue sur les plaines du Nebraska


Après lui avoir avoué que notre visite à Wounded Knee nous a pas mal secoué, il nous déclare, sans réelle fierté, qu'il possède 1/4 de sang Cheyenne. Faut bien chercher tout de même car il est blond aux yeux bleus. Il ne comprend pas que certains indiens n'ont pas encore enterré la hache de guerre, et sont toujours amers et défiants vis-à-vis de l'Homme blanc. Un jour, garé sur le parking d'une station essence située dans une réserve indienne, sa voiture a été brûlée. "Je ne suis pas responsable des actes de mes ancêtres". Il a raison. Pourtant...

mercredi 17 juillet 2013

Etat du Dakota du Sud

 
Le Dakota du Sud sera le troisième État dans lequel nous nous rendrons cet été.
Nous n'aurons pas beaucoup de kilomètres à faire entre Chadron, ville où nous logerons dans le Nebraska et Deadwood dans le Dakota du Sud où nous passerons 3 jours. 

Cet Etat évoque pour nous les Indiens Lakotas, les troupeaux de bisons, les chiens de prairie, les Black Hills...mais une fois de plus, et comme pour le Nebraska, si l'on en croit les gens qui en parlent, sans jamais y avoir mis les pieds d'ailleurs, il semble que le Dakota du Sud ne casse pas trois pattes à un canard. Soit. 

Nous ne passerons pas dans la partie Est de l'Etat, et nous cantonnerons à sa partie Sud Ouest qui regorge de sites naturels (Spearfish Canyon, Wind Cave...), historiques (Woundeed Knee...) et touristiques (Mont Rushmore, Crazy Horse National Monument...). Nous verrons alors si notre expérience nous fait rallier l'avis général des gens qui parlent sans savoir.

 Emblèmes

  • Surnom : "The Mount Rushmore State", l'Etat du Mont Rushmore. Pas super original, mais ça annonce la couleur.

Le Mont Rushmore

  • La devise : Sous Dieu, le peuple gouverne.
  • L'arbre : L'épinette blanche. 
  • L'oiseau : Le faisan de Colchide.

Culture

  • Les Natives : Les indiens Lakotas. 

Sitting Bull

  • Une œuvre littéraire : Une jeune fille qui dévale en courant une prairie d'herbes hautes et qui finit par se vautrer. Ca vous parle ? Et bien la série télévisée "La petite maison dans la prairie" est inspirée du roman éponyme de Laura Ingalls, qui a réellement vécu dans le Midwest à la fin des années 1800. Née dans le Wisconsin, elle a vécu dans le Kansas, dans le Dakota du Sud et le Minnesota. Ses romans retracent la vie de sa famille dans ces différents États.
  • Une musique : L'album "Prairie Wind". Bien sur Neil Young n'est pas originaire du Dakota du Sud, ni même des États-Unis d'ailleurs, mais son album "Prairie Wind" sent bon le vent, l'herbe, la prairie, les nuages, avec une petite touche de peinture...


  • Un film : Il faut bien sûr citer le film d'Hitchcock "La mort aux trousses" dont une scène mythique se déroule dans un décor studio reproduisant le Mont Rushmore. La série télévisée "Deadwood" avec l'excellent Timothy Olyphant dresse un tableau sombre mais véritable de l'ambiance de cette ville à la fin du 19ème siècle. Mais le must reste quand même l’œuvre magistrale de Kevin Costner "Danse avec les loups", adaptée du roman de Michael Blake. Alors que Blake situe l'action de son roman sur les territoires des Comanches, donc plus au Sud, du côté du Texas, Costner l'a transposé au peuple Sioux. La majeure partie du film a été tournée dans le Dakota du Sud. 


  • Un art : Harvey Dunn est né dans le Dakota du Sud et a magistralement peint des scènes de vie quotidienne dans les prairies du Midwest.


dimanche 5 mai 2013

Road Trip été 2013

Nos deux dernières semaines ont été consacrées à la réalisation de notre road trip prévu du 20 juillet au 10 août. 
Cela n'a pas été une mince affaire...il a fallu sélectionner des lieux, et donc, en éliminer d'autres. Force est de constater que l'on ne peut pas tout faire...hélas !
Nous avons finalement décidé d'aller fureter dans le Middle West, loin des sites touristiques plébiscités par les guides de voyage (exceptions faites des points B, C et D).
C'est donc 4241 kilomètres qui nous attendent, en 3 semaines. Ca parait beaucoup mais ça ne fait qu'environ 200 kilomètres par jour...un jeu ! Torse nu dans les bottes comme dirait mon père !
Allez hop : petit tour d'horizon, sans trop rentrer dans le détail...histoire d'avoir des choses à raconter à notre retour...




COLORADO

A : Arrivée à Denver. Prise en charge du véhicule et direction...
B : Rocky Mountain National Park. A nous les montagnes Rocheuses et les randonnées. 

Rocky Mountain National Park

NEBRASKA

C : Crawford. Visite de Fort Robinson National Park, le site même où mon grand père paternel a vécu deux ans comme prisonnier de guerre.

DAKOTA DU SUD

D : Deadwood. Parfait endroit, historique qui plus est, pour rayonner et visiter : Mt Rushmore, Custer Park, Woundeed Knee, Devil's Tower, Spearfish Canyon...

Mont Rushmore

NEBRASKA (LE RETOUR)

E : Valentine. Spot idéal et réputé car le Nord du Nebraska est bordée d'une rivière classée parmi les 10 plus belles des USA, avec possibilité de la descendre en canoë, en kayak, en chambre à air...à peu près tout ce qui flotte quoi.

IOWA

F : Sioux City. Ville étape. 
G : Winterset. Sur les traces du roman et du film "Sur la route de Madison".  Ce sera l'instant romantique du voyage ! Winterset est aussi le lieu de naissance de John Wayne.

Sur la route de Madison

NEBRASKA (LE RETOUR DE LA VENGEANCE)

H : Kearney. Le but premier est de passer par la Lincoln Highway qui fête cet été ses 100 ans d'existence. De plus, Kearney abrite un musée de la voiture, avec des tas de modèles anciens...

KANSAS

I : Manhattan. Ville de départ de la route panoramique traversant les Flint Hills et particulièrement la Tallgrass Prairie. 
J : Coffeyville et Independence. La première est le lieu de la chute du gang des frères Dalton. La deuxième est réputée pour être le lieu ou la vraie Laura Ingalls a grandi et conté ses aventures dans "la petite maison dans la prairie". L'adaptation pour la télé semble être très édulcorée. 

La famille Ingalls, vue par Hollywood

OKLAHOMA

K : Oklahoma City. Principalement pour la visite du "western heritage and cowboy museum". Puis on suivra la route 66 jusqu'au...

MISSOURI

L : Saint Louis. Son arche, ses concerts de Jazz, Blues...et aller/retour vers Hannibal, village où Mark Twain a grandi et qui lui a inspiré les aventures de Tom Sawyer et Huckleberry Finn. 

Tom Sawyer et Huck...vus par les japonais

On s'attend donc à un voyage riche et diversifié, des plaines, des dunes de sable, des ranchs, des animaux sauvages, des cowboys, des routes toutes droites, des rivières, de la country, du blues et peut être, avec un peu de chance, une tornade à admirer...de loin. 
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